À seulement 17 ans, Ismaël Camara s’impose déjà comme le prospect français le plus prometteur de l’histoire du football américain hexagonal. Formé au Mans, désormais installé au Texas, l’offensive lineman vient de franchir un cap majeur avec sa sélection au Polynesian Bowl 2026, une vitrine mondiale des futurs talents NFL diffusée cette nuit (3h heure française) sur NFL Network, et accessible via le NFL Game Pass sur DAZN.
Un événement symbolique pour un joueur dont le parcours, l’ambition et la maturité dépassent largement son âge.
Encore peu connu du grand public en France, Ismaël Camara se définit avant tout par sa détermination.
"Ismaël Camara, c’est un jeune homme qui avait des rêves et qui a persévéré. Je suis loin d’avoir fini, mais je suis sur le bon chemin", explique-t-il.
Né en région parisienne, élevé au Mans, il affiche aujourd’hui un gabarit hors normes (près de 2 mètres pour 145-150 kilos), qui a rapidement orienté son destin sportif.
Avant le casque et l’équipement, Ismaël pratiquait le football (soccer). Jusqu’au jour où son corps évolue plus vite que les autres.
"À 12–13 ans, je faisais déjà 1m91 pour 100 kilos. Je me suis dit que le foot, ça n’allait plus matcher. J’ai commencé donc à me renseigner pour faire un autre sport comme du judo ou du basket."
Mais le déclic arrive presque par hasard, avec un flyer du club des Caïmans 72 du Mans trouvé dans sa boîte aux lettres.
"Je ne sais pas qui a mis ce flyer dans ma boîte aux lettres mais je ne le remercierai jamais assez. Sur le papier il était écrit : “ce sport est fait pour toi”. Dès le premier entraînement, je suis tombé amoureux du football américain."
Très vite, son gabarit devient un avantage. Mais surtout, son appétit de travail fait la différence. À 13–14 ans, il s’entraîne déjà avec les U19 et les seniors.
"Je voulais être meilleur que les gens de mon âge. J’avais faim."
Son premier match officiel agit comme une révélation. Six plaquages, deux sacks et plusieurs grosses actions.
"À la fin du match, je me suis dit : si ça, c’est mon premier match, qu’est-ce que ça va être dans un an ou deux ?"
Le ton est donné. Les saisons suivantes confirment son potentiel, jusqu’à une prise de conscience majeure : le plafond semble encore très loin.
Très tôt, Ismaël Camara comprend comment fonctionne le système américain. Encore en France, il commence à poster ses highlights sur Twitter (X), comme les prospects américains.
"Je voyais les lycéens et les joueurs universitaires poster leurs vidéos, leurs offres universitaires etc… je me suis dit : pourquoi pas moi ?"
Une démarche encore rare à l’époque en France.
"Je pense que j’ai été l’un des premiers jeunes Français à utiliser Twitter pour se projeter vers les États-Unis."
Les premiers contacts arrivent. Trop tôt pour partir, mais suffisants pour nourrir une conviction profonde.
Après trois saisons pleines avec les Caïmans du Mans, Ismaël Camara franchit le pas. À 16 ans, il s’installe au Texas pour terminer son lycée à Gilmer High School, l’un des programmes lycéens les plus respectés, alors champion d’État en titre.
L’adaptation est difficile, notamment sur le plan linguistique.
"Je disais “yes” à tout le monde sans comprendre. Mais au bout de 7-8 mois, j’ai appris l’anglais dans le vestiaire."
Sportivement, le choc existe, mais jamais le doute.
"J’ai vu une différence mais pas si flagrante et je me suis dit : là, on va devoir bosser pour de vrai. Si je sais ce que je veux, je vais y arriver."
Ismaël Camara – Repères
Âge : 17 ans
Poste : Offensive Lineman
Taille / poids : 1,98 m – 145/150 kg
Formation : Caïmans du Mans
Lycée : Gilmer High School (Texas)
Distinction : sélection au Polynesian Bowl 2026
Objectif : NCAA en 2027 → NFL Draft 2030
En 2025, tout s’accélère :
Une première pour un joueur formé en France, et plus largement pour un prospect international.
"Depuis que je suis là, j’ai ouvert des portes pour la jeunesse française. Ce sont des choses qui ne se faisaient pas avant."
À Honolulu, Ismaël doit suivre un programme à la lettre.
"On se lève vers 7h, on va déjeuner. Vers 8h30 on prend le bus pour l'entraînement jusqu'à 11h45/12h et l’après-midi c’est activité de groupe et le soir on a un peu de temps libre."
Sur l’archipel américain, il retrouve des joueurs qu’il a déjà affrontés dans d’autres contextes.
"On échange beaucoup. Comment tu fais ça, comment je peux te battre… C’est un match d’exhibition, on est là pour apprendre."
Ismaël Camara entretient un lien fort avec les joueurs français passés avant lui, comme Jeffrey M’Ba ou Junior Aho. Une génération qu’il respecte profondément.
Une anecdote résume son état d’esprit. À l’époque encore au Mans, à la question « qu’est-ce que tu veux faire dans le football ? », il avait répondu à Jeffrey M’Ba :
"Je veux jouer contre toi un jour."
Aujourd’hui, il reçoit à son tour des messages de jeunes joueurs français.
"J’essaye d’aider tout le monde, de donner des conseils à tous ceux qui m’envoient des messages mais chacun a son parcours. Tout le monde ne peut pas partir à 15 ou 16 ans. Certains ont besoin de plus de temps pour se développer."
Respectueux, mais déterminé à tracer sa propre route.
"Je veux créer mon propre truc. Ma propre histoire."
La comparaison avec Victor Wembanyama revient souvent. Ismaël ne la rejette pas.
"Dans le basket, il y a eu Tony Parker et aujourd'hui Wembanyama, en natation on Léon Marchand, en soccer on a Mbappé, en judo on a Teddy Riner. Mais en football américain, on a qui ? Moi, c’est mon prénom que je veux mettre dans cette case-là."
Sans précipitation, mais avec une certitude.
"Je fonctionne au jour le jour mais je sais que ma faim est plus grande que moi", pour rappel Ismael fait 1m98 et 150kg.
À 17 ans, Ismaël Camara reste un prospect. Mais jamais le football américain français n’avait compté un joueur aussi jeune, aussi exposé et aussi structuré à ce niveau.
S’il poursuit sur cette trajectoire, Ismaël Camara pourrait bien devenir le premier grand visage français de la NFL, celui capable d’ouvrir durablement les portes de la grande ligue et de faire rêver toute une génération.