Roberto Martínez est passé par toutes les émotions le 8 juin dernier, quelques jours seulement avant le coup d’envoi de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2025™.
Ce soir-là, son Portugal remportait la Ligue des Nations de l’UEFA aux tirs au but face à l’Espagne, après avoir été mené au score par deux fois dans le temps réglementaire.
Épuisé et ravi au terme de la rencontre, le sélectionneur aurait pu profiter de l’absence d’échéances internationales au cours des trois mois suivants pour savourer ce titre et s’accorder un repos bien mérité en compagnie de ses proches. À la place, Martínez s’est embarqué peu après pour un vol transatlantique afin d’analyser 63 matches sur un mois.
Il rejoignait ainsi le Groupe d’Étude Technique de la FIFA en vue de la toute première édition de la Coupe du Monde des Clubs à 32 équipes, et ce dans la foulée de deux matches importants, face à l’Allemagne – hôte de la phase finale de la Ligue des Nations – puis l’Espagne, championne d’Europe en titre. Mais comme il l’explique, cette mission est pour lui une façon d’allier l’utile à l’agréable.
"Notre prochain objectif avec le Portugal, c’est la qualification pour la Coupe du Monde. Comme vous le savez, elle sera coorganisée par les États-Unis, donc je me suis dit que c’était l’occasion idéale de voir par moi-même ce à quoi on pourrait s’attendre", précise le technicien espagnol. "En plus de ça, c’est une formidable opportunité de faire quelque chose que j’adore, à savoir regarder des matches de foot et les analyser. D’autant que c’est beaucoup plus détendu dans ce contexte, puisque ça ne concerne pas mon équipe."
"Ma première expérience remonte à la Coupe du Monde 2010, en Afrique du Sud, et c’est toujours un plaisir de pouvoir être impliqué dans une compétition. On peut aussi suivre les rencontres de chez soi, mais c’est totalement différent quand on est sur place et qu’on peut regarder plus de soixante matches. En tant qu’entraîneur, je trouve ce rôle très stimulant. Suivre des compétitions de l’intérieur permet de rester au fait des nouvelles tendances et de continuer à apprendre."
Fort de ce point de vue unique sur la Coupe du Monde des Clubs, Martínez nous fait part de ses impressions dans cette interview exclusive.
Roberto Martínez : C’est une compétition passionnante et je ne peux pas m’empêcher de faire des comparaisons avec ce que j’ai pu vivre en Coupe du Monde en tant que sélectionneur. On retrouve des dynamiques similaires, mais il y a aussi des différences énormes.
Globalement, je dirais qu’on a trois profils d’équipes ici. On a celles qui en sont à la moitié de leur saison et qui tournent à plein régime, comme les équipes brésiliennes. Ensuite, on a celles qui sont en pré-saison. Typiquement, il s’agit des équipes européennes, et on a pu observer de gros écarts entre leurs prestations lors de leur entrée en lice et lors de la troisième journée. Pour finir, on a les équipes qui arrivent avec un nouvel entraîneur et n’ont eu que quelques séances pour préparer leur premier match. C’est en ça qu’on retrouve des similarités avec la Coupe du Monde.
C’est très intéressant et on a assisté à des matches incroyables, même si le meilleur reste probablement à venir.
Oui, notamment dans le cas d’Al Ahly. J’ai été très impressionné par ce que le nouvel entraîneur a réussi à mettre en place en l’espace de si peu de temps. L’équipe a déjà un style de jeu facilement identifiable. J’ai aussi été frappé par l’assurance des Mamelodi Sundowns. Ils n’ont jamais renoncé à leur façon de jouer, indépendamment de l’adversaire. Malheureusement pour eux, leurs résultats ne reflètent pas la qualité de leurs prestations.
C’était passionnant également d’observer le Real Madrid de Xabi Alonso. Il connaît ce club sur le bout des doigts. J’ai l’impression qu’il a d’abord pris le temps de comprendre où en était l’équipe avant de commencer à mettre des choses en place progressivement. Il n’a pas voulu tout chambouler dès son arrivée. Je pense qu’il cherche à connaître ses joueurs petit à petit. Il a attendu le troisième match pour mettre en place un 3-4-3, son dispositif de prédilection. Il l’utilisait déjà avec le Bayer Leverkusen, et beaucoup de joueurs du Real Madrid, qui n’avaient pourtant jamais évolué avec ce système, ont semblé très à l’aise. C’est très intéressant de voir la façon dont Xabi Alonso se comporte depuis son arrivée. Il a fait preuve d’une grande flexibilité. Il voulait réussir à construire son équipe rapidement, sans pour autant brusquer les choses. Je pense qu’on va pouvoir observer d’autres évolutions très intéressantes lors des prochains matches du Real.
Je pense que si cette compétition avait eu lieu il y a dix ans, ça aurait déstabilisé énormément de personnes. Désormais, les grands clubs savent gérer ce genre de situation, car nombre d’entre eux font des tournées de pré-saison en Asie ou aux États-Unis. Les joueurs et l’encadrement ont donc l’habitude de passer beaucoup de temps ensemble. Je remarque aussi que plusieurs entraîneurs présents ici ont eux-mêmes disputé la Coupe du Monde en tant que joueurs. Ça se ressent dans la façon dont ils gèrent leur effectif sur la durée. Un bon entraîneur de club doit savoir apporter une touche de normalité et permettre à ses joueurs de déconnecter. C’est un aspect considérable de son travail.
C’est aussi intéressant d’observer la compétition sous cet angle-là. Globalement, on voit que les joueurs sont heureux d’être ici et de passer du temps ensemble. Certaines équipes sont en fin de cycle et savent que des joueurs importants partiront à l’issue de la compétition. C’est l’occasion pour eux de finir sur une note positive. À l’inverse, certaines équipes arrivent avec de nouvelles recrues. Pour elles, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre, avec des joueurs désireux de montrer ce qu’ils valent à leurs coéquipiers.
Absolument. Quand un club recrute un joueur, c’est nécessairement pour des raisons techniques, tactiques et athlétiques. Mais sa capacité à répondre aux attentes du nouveau club, son intégration au sein de l’équipe, ses prestations en match, bref, tout ce qu’il se passe une fois que le joueur est arrivé au club, occupe une place capitale. Il y a de nombreux joueurs pour qui cette période d’adaptation va se faire bien plus rapidement grâce à la Coupe du Monde des Clubs. Je pense par exemple à Dean Huijsen avec le Real Madrid ou à Jonathan Tah avec le FC Bayern München.
Paris a réalisé le match parfait contre le FC Internazionale Milano. Je crois qu’on n’avait jamais vu un tel score en finale de Ligue des Champions, et ce n’est pas le fruit du hasard. Il y a eu une évolution tout au long de la saison, ponctuée par les sacres en championnat et en Coupe de France. Cette équipe a su faire parler ses qualités. Elle utilise parfaitement ses milieux de terrain, les latéraux apportent à chaque fois de la vitesse sur les ailes et c’est un régal de voir les Parisiens en un contre un. C’est une équipe qui se crée beaucoup d’occasions, notamment car elle est très bien rodée défensivement : elle défend haut, elle cherche immédiatement à récupérer la possession et elle y parvient souvent.
Les joueurs se connaissent bien. Il y a quatre internationaux portugais, qui ont eux-mêmes énormément progressé. Cette équipe dégage une grande confiance. Elle a connu une période compliquée lors de la première phase de la Ligue des Champions. Mais une fois sa qualification pour les matches à élimination directe en poche, on l’a sentie très sûre d’elle. Elle avait clairement franchi un cap et elle semble quasi inarrêtable désormais.
J’ai beaucoup aimé le fait qu’elles arrivent avec leurs spécificités, qui sont parfois le reflet de ce qui se passe au niveau de leur confédération. On a par exemple vu que la moyenne d’âge des gardiens des équipes de la CONMEBOL était supérieure à 35 ans. Je pense qu’il y a un aspect culturel là-dedans. Il semble que le gardien doit être un joueur expérimenté et capable d’aider ses coéquipiers. Ça contraste fortement avec ce qu’on voit dans certaines équipes européennes, comme le FC Salzburg, qui a évolué avec un gardien de 18 ans à peine.
J’ai trouvé les équipes brésiliennes intéressantes aussi. Lors du match opposant Palmeiras à Botafogo, on a vu deux équipes très bien organisées et très défensives, avec une ligne de quatre derrière et deux milieux récupérateurs. On voit moins ça chez les équipes européennes, qui ne défendent pas de la même façon. Ce genre de compétition est également intéressant de ce point de vue, avec des équipes et des entraîneurs qui peuvent s’inspirer de ce qu’ils voient chez les autres. La Coupe du Monde des Clubs a été riche en enseignements à ce niveau-là : on a pu observer différentes philosophies de jeu, différentes cultures et différentes façons de se montrer compétitifs.